Tu me manques, t'es où?
Tu devais m'écrire, m'appeler, tu avais trop hâte de savoir comment c'était, Paris pour moi. T'es où alors ? Tu me manques. J'ai un peu peur oui, je m'inquiète un peu. Pas trop, mais un peu. C'est normal. Je me dis que peut être c'est la dernière ligne droite, que les gens sont moins gentils qu'au début, qu'il n'y a pas dans ton paysage de prise de courant charitable.
Je me dis que t'as franchi une nouvelle étape, tu te coupes des nouvelles technologies, mais tu te coupes de moi. Ca serait logique, si c'était ça. Ca serait compréhensible, ça serait normal. Est-ce que les pèlerins envoyaient un texto chaque jour à leur maman, à leur meilleure amie, à tous ceux qui pensent à eux, qui tremblent de leur aventure dans un confort bien asserté ? Et puis ça serait toi, Into the wild jusqu'en Espagne. Il l'a bien jeté, lui. Nous on a pas vu le film en entier. Et puis je préfère, à la fin il parait. Alors j'appelle, j'appelle, en sachant sur quoi je vais tomber. Toi tu le sais ? Mais c'est un peu toi, ton répondeur c'est ta voix. Ta voix d'abruti extraverti et extravaguant. Même pas vraiment extraverti. Mais qui aime parler, qui aime parler fort. Qui aime se rendre intéressant et qui s'intéresse, à presque tout. Et si tu connais mon visage, la tête que je fais quand, moi je connais ta voix. Ta façon de dire. Et ton rire. J'aime trop quand tu ris. Je peux être énervée comme un volcan, vouloir pleurer comme une fontaine, si tu ris je ris aussi. Et puis ta voix, c'est ce qu'on a toi et moi. Les mots, nos voix, parler toujours, des heures, avoir sans arrêt quelque chose à dire. Ou raccrocher, d'accord. Et puis se moquer, rire. Rire et pleurer. On a su tout mélanger. Un beau mélange de sentiments forts, un peu violents, mais vrais. C'est l'image d'une cascade torrentielle qui finit sa course dans un lit de rivière bien installé. Qui ne finit pas, d'ailleurs. T'as dit plusieurs fois que j'allais oublier. Rencontrer quelqu'un qui allait m'aimer d'abord, que ça allait remplacer le besoin que j'avais de toi. C'est arrivé, mais tu es resté. Nos mots, ta voix, rire et pleurer. T'as dit encore que j'allais oublier : ma vie Parisienne, d'autres gens à qui parler, avec qui aller au musé, mais c'est pas comme ça que ça marche. Toi tu marches, et moi j'oubli pas. Non c'est pas comme ça que ça marche, les visages qu'on croise ne se superposent pas. Le tien ne va pas finir tout aplati sous une pile d'autres effervescences. Plus ou moins inconnues, plus ou moins nouvelles, plus ou moins excitantes, épanouissantes. Et si tu ne me reviens pas, mettre à jour l'image, je laisserai tomber la poussière pour user encore, des rires et garder des pleurs, à glisser dans mes prochains rires, et toujours sourire, sans avoir peur, de laisser quelqu'un entré me noyer de l'intérieur. Je laisserai tomber la poussière pour garder des larmes. C'est ce que j'ai fait toujours. Et je n'ai abimé personne. Aucun souvenir.Mais tu surviendras . Tu reviendras. Tu me manques, t'es où ? Dépêches toi.