Je crois que dehors rien n'a changé. Le vent souffle toujours contre mes jambes emmaillotées, mais quand même, il fait moins froid. Alors le bus est passé, les gens se sont tassés, ma main s'est agrippée a des barres en fer glacées, mes pieds en ont écrasés d'autres.
Peut-être que les mots n'ont pas d'importance, mais je leur en donne. Un mot dit pour moi est comme un regard, et ça ne se recycle pas. Ce matin la belle amoureuse a perdu son nom, et je me retrouve seule avec des mots qui ne veulent rien dire, que pour moi. Je ne crois plus à notre amour, si les mots qui l'écrivent sont vides, si ils ont collés à d'autres peaux, d'autres visages. Je ne crois plus à notre amour si il ne peut se dire qu'une fois. Peut être que les mots n'ont pas d'importance, mais je leur en donne. Si tu me connais je n'ai que ça. Et si tu as envie de rire quand je pleure d'avoir perdu la belle amoureuse, tu ne me connais pas. Si tu ne me connais pas, alors...
Le bus est passé, j'ai laissé nos doigts se croiser, je t'ai permis d'embrasser encore ces lèvres anonymes. Fraîchement anonymes, orphelines de ces lettres cousues de nous. Un nous qui n'était pas nous: nous ne devons pas être une doublure qui monte en scène, une réadaptation de ce qui a été, une répétition de ce qui se jouera demain. Une vulgaire réadaptation, une fade répétition; si c'est d'Amour qu'on parle, ça n'a pas de sens.
Alors mon amour tu vois, les mots toujours m'excusent, me défendent, dans ma main ils pèsent lourd pour ma légereté; et si tu me les retires tu lâches un ballon gonflé de rien dans l'immensité d'un ciel hostile, si tu t'en moque si tu les négliges, tu me froisse, tu me ratatines. (à finir).